LE LAVOIR DU PRIEURÉ
Les lavoirs de Saint-Rémy-lès-Chevreuse : un patrimoine au fil de l’eau
Traversée par le Rhodon et l’Yvette, Saint-Rémy-lès-Chevreuse a longtemps entretenu une relation étroite avec l’eau. Cette richesse naturelle explique la présence de nombreux lavoirs sur son territoire. La commune en comptait au moins six : trois sur le Rhodon et trois sur l’Yvette, témoignant de l’importance de ces équipements dans la vie quotidienne des habitants.
L’hygiène publique, moteur de leur développement
Les grandes épidémies de choléra de 1832 et 1849 mettent en lumière la nécessité d’améliorer les conditions sanitaires. Fin XVIIIᵉ siècle, face aux pollutions générées par la révolution industrielle, les préoccupations liées à l’hygiène et à la santé publique prennent une place croissante dans les politiques municipales.
La loi du 3 février 1851 encourage alors la construction de lavoirs publics en prenant en charge une partie des dépenses des communes. Sous le Second Empire puis la Troisième République, de nombreux aménagements voient le jour : puits, fontaines, abreuvoirs, réseaux d’eau, élargissement des rues ou encore déplacement des cimetières hors des zones habitées.
Les lavoirs deviennent ainsi des équipements essentiels. Leur construction répond à des normes précises : ils doivent pouvoir accueillir environ 6 % de la population communale, chaque lavandière disposant d’un espace de travail d’environ un mètre. Les bassins doivent également respecter des dimensions et un débit garantissant leur bon fonctionnement.
Des lieux de travail… et de sociabilité
Contrairement à une idée répandue, le lavoir servait principalement au rinçage du linge plutôt qu’à son lavage. Les vêtements du quotidien étaient généralement nettoyés à domicile puis rincés dans l’eau courante des lavoirs.
Deux fois par an cependant, lors de la grande lessive ou « buée », les familles procédaient au nettoyage complet du linge de maison : draps, nappes, torchons et pièces de grosse toile. Après deux jours de trempage dans de l’eau additionnée de cendres, le linge était transporté jusqu’au lavoir à l’aide de brouettes. Les lavandières y accomplissaient alors un travail particulièrement physique : savonnage sur la margelle, battage du linge, brossage, rinçage abondant puis égouttage avant le séchage sur les haies, les prés ou les cordes à linge.
Au-delà de leur fonction utilitaire, les lavoirs constituaient également des lieux de rencontre et d’échange. Ils occupaient une place importante dans la vie sociale du village.
Les lavoirs de Saint-Rémy au fil de l’Histoire
À Saint-Rémy, l’attention portée à l’hygiène et à la qualité de vie des habitants s’est traduite dès la fin du XIXᵉ siècle par la création de plusieurs équipements liés à l’eau. Lors de la construction de la mairie-école en 1881, deux petits lavoirs sont ainsi aménagés sur les berges du Rhodon, à l’arrière du bâtiment, à l’usage de l’instituteur et de l’institutrice. L’un de ces lavoirs est encore visible aujourd’hui et constitue un témoignage précieux de l’organisation de la vie quotidienne à cette époque. PHOTO
Ce patrimoine historique continuera d’occuper une place importante dans le paysage urbain de demain. Dans le cadre du projet de réaménagement du cœur de ville, une nouvelle brasserie sera implantée à proximité immédiate du lavoir, avec une terrasse ouverte sur les berges de l’Yvette. Ce projet contribuera à mettre en valeur ce patrimoine tout en renforçant le lien entre les habitants, la rivière et les espaces publics du centre-ville.
Quand l’art fait revivre le lavoir
En 2023, les abords des lavoirs de la rue de la République se sont transformés en véritable espace de création dans le cadre de Folies Lavoirs, un parcours artistique imaginé par l’association Hélium, avec le soutien de la ville de Saint-Rémy-lès-Chevreuse et du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse.
À Saint-Rémy, l’artiste Cécile Bourgoin-Odic a imaginé Passage des couleurs, une œuvre collective et intergénérationnelle inspirée des grandes lessives d’autrefois et du tri des couleurs. Des tee-shirts comme une palette de couleurs classés sur des bambous ont ainsi investi les berges des lavoirs, transformant ce lieu autrefois dédié au travail des lavandières en un espace artistique et participatif.
Une belle manière de faire dialoguer mémoire, patrimoine et création contemporaine, et de redonner vie à un lieu qui fut autrefois au cœur de la vie quotidienne.
À côté de l’ancienne école Jean-Jaurès, la rivière était autrefois accessible par une rampe aménagée à côté du pont. Elle permettait aux chevaux de venir s’abreuver, un équipement alors obligatoire dans les communes pour répondre aux besoins de l’armée.
En 1893, le Conseil municipal décide d’y construire un lavoir public, profitant de l’abondance de l’eau de la rivière.
L’arrivée progressive de l’eau courante dans les habitations, puis la généralisation des machines à laver au cours du XXᵉ siècle, entraînent peu à peu leur abandon. À Saint-Rémy, l’installation du réseau d’eau potable en 1935 constitue une étape majeure dans l’amélioration du confort quotidien des habitants. Néanmoins, l’un d’eux était encore utilisé durant la Seconde Guerre mondiale.
Un patrimoine préservé
Aujourd’hui, cinq des six lavoirs de la commune subsistent :
- deux lavoirs communaux, restaurés par la Ville, situés à proximité du pont de l’Yvette, dans le centre-ville,
- un lavoir privé sur le Rhodon, situé à proximité de l’actuel Inter’G et restauré avec le soutien du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse ;
- un lavoir communal, visible depuis la rue, situé à l’angle de la rue de Port-Royal et de l’avenue du Général-Leclerc, également sur les bords du Rhodon,
- un lavoir communal non visible depuis la rue, situé à l’arrière du magasin d’optique du centre-ville, lui aussi installé sur les bords du Rhodon.
Aujourd’hui encore, les lavoirs de Saint-Rémy-lès-Chevreuse constituent des témoins précieux de la vie quotidienne d’autrefois. Ils racontent l’histoire des habitants, de leurs gestes, de leurs habitudes et des progrès qui ont transformé les conditions de vie au cours du siècle dernier. Intégrés au paysage de la vallée, ils participent pleinement à l’identité patrimoniale de la commune et rappellent le lien étroit qui unit Saint-Rémy à ses rivières.
À la croisée des trois rivières
Le Complexe sportif des 3 Rivières, communément appelé le C3R, tient son nom de sa proximité avec les confluences de l’Yvette et du Rhodon, ainsi que de l’Yvette et du Montabé. Trois rivières, un même lieu !
Tout près, le clocher de l’église Saint-Rémi constitue lui aussi un repère emblématique dans le paysage. Ses pans s’inscrivent à la rencontre des trois vallées de l’Yvette, du Rhodon et du Montabé, offrant un point de lecture remarquable de la géographie de Saint-Rémy-lès-Chevreuse.