La rue de Versailles et ses environs

La rue de Versailles et son prolongement en route de Versailles, autrefois appelées route Nationale Paris/Bordeaux, relient le quartier des Hauts de Saint-Rémy au centre-ville.

Sa pente en a fait, depuis près d’un siècle, l’une des côtes les plus respectées des cyclistes de la région, et un passage obligé de nombreuses compétitions.

 

Une côte mythique du cyclisme

La côte de Saint-Rémy-lès-Chevreuse s’inscrit depuis longtemps dans l’histoire des grandes courses cyclistes. Dès 1903, lors de la toute première édition du Tour de France, les coureurs traversent la vallée de Chevreuse avant de rejoindre Ville-d’Avray, alors terme de l’épreuve.

C’est ici qu’en 1933, Fernand Mithouard, vainqueur de la mythique course Bordeaux-Paris — course qui fera son retour à Saint-Rémy-lès Chevreuse en 2027 — franchit en tête le sommet de cette côte, aujourd’hui bien connue de tous les cyclistes. Il était alors entraîné par Francis Pélissier, qui marqua avec ses frères Charles et Henri le cyclisme de l’entre-deux-guerres.

Une anecdote reste attachée à cette victoire : exténué par les plus de 500 kilomètres déjà parcourus, Mithouard met pied à terre et refuse de repartir. Francis Pélissier a beau l’exhorter à remonter en selle, rien n’y fait — jusqu’à ce qu’il lui administre un remontant pour le moins direct, une paire de claques restée célèbre. Ainsi ragaillardi, Mithouard reprend la course… et remporte Bordeaux-Paris !

Paris Nice Mars 2018

La côte retrouve ensuite les honneurs des grandes compétitions. Elle figure notamment au parcours de Paris-Nice en 2019 et 2020, la célèbre Course au Soleil qui ouvre traditionnellement la saison cycliste. En 2012, Saint-Rémy accueille l’arrivée de la première étape, un contre-la-montre individuel de 9,4 km entre Dampierre-en-Yvelines et la gare RER de Saint-Rémy. En 2015, la commune est ville de départ de la première étape à destination de Contres, puis, en 2023, la course traverse de nouveau Saint-Rémy lors de sa première étape autour de La Verrière.

JO 2024

Le Tour de France emprunte également à plusieurs reprises les routes de la vallée. Après son passage historique en 1903, l’épreuve revient notamment en 2012, 2013 et 2019, lors des étapes finales menant vers Paris. En 2012, la côte de Saint-Rémy est franchie en tête par Thomas Voeckler, alors porteur du maillot à pois.

Puis, en 2024, elle a connu son heure de gloire olympique, la côte de Saint-Rémy-lès-Chevreuse (1,3 km à 6,3 % de pente moyenne) figurait au programme des épreuves de cyclisme sur route, empruntée à la fois par le peloton masculin, le samedi 3 août 2024 et le peloton féminin, le dimanche 4 août 2024 — offrant à la commune une nouvelle page de son histoire cycliste.

 

L’aventure de la Ponette

1920 La Ponette Landaulet

Au carrefour des rues de Versailles et de Paris, M. Granvaud fonde en 1909 une entreprise de construction automobile, La Ponette, qui produira de petites voitures légères jusqu’en 1925. Conçu par l’ingénieur anglais John Averys (né à Bristol en 1880, mort en 1966), mécanicien automobile et de cycles, le premier modèle mise sur la simplicité, dans un esprit proche des petites Renault de l’époque : un monocylindre de 697 cm³ développant environ 7 chevaux, sur une carrosserie biplace dépourvue de portes, avec transmission épicycloïdale à deux vitesses et transmission par arbre.

L’entreprise évolue rapidement : dès 1911, elle adopte des configurations à quatre cylindres, avec un moteur Ballot de 1 592 cm³ qui remplace définitivement la gamme monocylindre en 1913. Après la Première Guerre mondiale, à partir de 1918, les modèles se rapprochent des conceptions automobiles plus conventionnelles, avec des moteurs Ballot, SCAP ou de fabrication propre, allant de 1,7 à 2,8 litres de cylindrée. Vers 1919, l’entreprise s’installe dans le 18ᵉ arrondissement de Paris sous le nom de Société Nouvelle des Automobiles La Ponette, mais des difficultés financières entraînent sa fermeture définitive en 1925.

Aujourd’hui, La Ponette est une pièce de collection rare : il n’en subsisterait que six exemplaires dans le monde. En 1989, à l’occasion du spectacle Deux siècles de révolutions organisé à Saint-Rémy, M. et Mme Hugon furent invités à présenter leur Ponette sur la scène de l’espace Jean-Racine.

Les Laboratoires du docteur Georges Tissot

Depuis le rond-point situé en bas de la côte de Versailles, en direction du centre de Saint-Rémy, on passe devant un petit immeuble aux fenêtres en ogive, qui abrita l’une des dernières activités industrielles de la commune : les laboratoires du docteur Tissot.

Né dans le Jura en 1862, Georges Tissot s’établit à Paris où il exerce d’abord la pharmacie, puis la médecine. Passionné par la recherche pharmaceutique, il développe ses propres produits, d’abord destinés à ses confrères, puis, face au succès croissant, se consacre entièrement à cette activité et vend sa pharmacie pour installer une véritable usine. Dans les années 1920, il fait l’acquisition d’une ancienne ferme au 13-15, rue Victor-Hugo à Saint-Rémy-lès-Chevreuse — un bâtiment qui avait appartenu à une abbaye transformée en 1820 en exploitation agricole, elle-même dépendante du prieuré de Beaulieu, dit de Saint-Avoye, situé de l’autre côté de la route (situé à l’emplacement de la mairie actuelle, voir l’article du site sur le sujet). En hommage à ce passé, Tissot donne à l’ensemble une allure néo-gothique.

Le charbon anisé Tissot
La Bronchodermine

Le laboratoire développe plusieurs spécialités, dont le charbon anisé Tissot, destiné aux maux de ventre, et surtout la Bronchodermine, une pommade contre les affections respiratoires qui connaît un succès considérable : dans les années 1960, elle se vend jusqu’à 1,5 million d’unités par an, dont la moitié à l’export.

Georges Tissot fonde également l’Association confraternelle des médecins français — première mutuelle destinée à soutenir financièrement leurs veuves — ainsi qu’un journal, Le Vieux Bistouri, mêlant articles médicaux et publicités pharmaceutiques, une formule alors novatrice.

Durant la Grande Guerre, il soigne malades et blessés tandis que ses deux fils, Marcel et André, combattent au front.

Villa Marguerite

À sa mort en 1932, son fils Marcel reprend l’entreprise, dans un contexte économique difficile marqué par les pénuries. Il relance progressivement l’activité, aidé de son propre fils Georges — petit-fils du fondateur — qui partage alors son temps entre l’usine, où sa chambre est installée au sous-sol de la tourelle de l’ancienne abbaye, et la maison de sa grand-mère, la villa Marguerite, au 16, rue Victor-Hugo dont les chapiteaux des pilastres proviennent de la démolition du prieuré.

Marcel décède à 58 ans. Georges, alors âgé de 25 ans et déjà bien formé aux côtés de son père, prend la relève avec son diplôme de pharmacien en poche. En 1960, avec l’accord de son oncle André, il fait édifier des bâtiments modernes destinés à la fabrication de la Bronchodermine, aux bureaux, au stockage et à l’expédition, tandis que le charbon Tissot et le laboratoire d’analyses restent dans les bâtiments historiques. Il obtient également l’autorisation de mise sur le marché du Bronchospray, destiné à remplacer le cataplasme traditionnel.

 

En 1997, à la suite de problèmes de santé et faute de succession familiale, il cède l’entreprise. L’activité est alors délocalisée, une partie des bâtiments historiques devient des appartements, tandis que la construction des années 1960 est rasée et remplacée en 2014 — année du décès de Georges — par un immeuble de logements sociaux.

Georges Tissot, son fils Marcel et son petit-fils Georges ont choisi d’être inhumés à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, dans l’ancien cimetière tout proche, témoignage de leur attachement à la commune.

 

Hôtel-Pension de l’Yvette

Hôtel-Restaurant Hilaire prédécesseur du Restaurant étoilé ** de l’Yvette

À l’entrée de Saint-Rémy, en venant de Paris, l’Hôtel-Pension de l’Yvette était situé face aux Laboratoires Tissot.

Fondé vers 1900 par M. et Mme Hilaire, l’établissement fut ensuite repris par la Mère Yvon, puis par Maurice Ménessier, qui en fit une adresse gastronomique réputée.

Né en 1888, Maurice Ménessier avait commencé sa carrière à Beauvais avant de devenir cuisinier particulier auprès de plusieurs notables, parmi lesquels le marquis de Montaigu et le baron de Gunzbourg. À l’hôtel Continental de Beauvais, il eut notamment l’occasion de servir le maréchal Foch, le maréchal Pétain, le maréchal Joffre ainsi que le prince de Galles.

En 1929, il s’installa à Saint-Rémy, où il dirigea l’établissement jusqu’à sa fermeture en 1960. Il y obtint deux étoiles et de nombreux diplômes, consacrant la réputation de sa table.

Carte humoristique numérotée remise à chaque commande d’omelette, parfois même dédicacée du Chef

Sa spécialité était l’omelette du Curé. Il en numérotait les exemplaires comme de grands crus millésimés.

Le jardin de l’établissement s’étendait jusqu’à l’Yvette, comme l’indiquent les inscriptions visibles sous les fenêtres. Les écrevisses fraîchement pêchées dans la rivière y étaient notamment cuisinées en omelette par Maurice Ménessier.

La recette de l’Omelette du curé

Ingrédients (pour 6 personnes)

  • 18 œufs
  • 30 écrevisses
  • 1 carotte
  • 1 oignon
  • 1 échalote
  • 50 cl de crème liquide
  • 10 cl d’huile d’olive
  • 5 cl de cognac
  • 50 g de beurre
  • 1 cuillère à soupe de concentré de tomate
  • Sel et poivre de Cayenne

Préparation

  1. Faire revenir les écrevisses à l’huile d’olive dans une sauteuse, puis décortiquer les queues.
  2. Remettre les carcasses dans la sauteuse. Ajouter la mirepoix de légumes et le concentré de tomate.
  3. Faire revenir vivement et flamber (environ 30 minutes).
  4. Passer avant de réduire à consistance nappant. Assaisonner avec le sel et le poivre de Cayenne.
  5. Dans un saladier, battre les œufs et assaisonner de sel et poivre.
  6. Cuire l’omelette puis disposer les queues d’écrevisses avant de la rouler.
  7. Poser dans un plat et napper de sauce Nantua

Le Château de Beauplan, sur la colline

Le Château de Beauplan sur la colline

Sur l’emplacement d’une grande maison de campagne antérieure au XVIIIe siècle, le château de Beauplan est construit à partir de 1858.

Dominant le site de Saint-Rémy, il comptait trois niveaux surmontés d’un comble à la Mansart.

Il est détruit en 1912 (ou 1914, selon les sources), à l’exception de la grille d’entrée principale et du pavillon d’entrée ; ce dernier, faute d’entretien, est finalement démoli en 1999.

La grille reste aujourd’hui visible, à proximité de l’entreprise GTT (Gaz Transport & Technigaz), qui a succédé à l’ancien Centre de Recherches Total.

Avant la construction du château, seule existait, au XVIIIe siècle et au début du XIXe, la grande maison de campagne, qu’habita le sieur Rousseau peu avant la Révolution de 1789. Un acte de vente daté du 14 mars 1777, par lequel la veuve et les héritiers Cressonnier cèdent le domaine au sieur Rousseau, décrit le fief de Beauplan : une grande maison, une basse-cour, écurie, remises, granges et étables couvertes de tuiles, une chapelle dans un clos planté d’arbres, des jardins et vergers clos de murs, le tout sur environ six arpents, ainsi que soixante arpents de terres labourables, friches, bois, vergers et vignes. De part et d’autre de l’allée menant au petit château se trouvaient deux maisons destinées aux paysans travaillant sur les terres du fief.

Route de Versailles et Château de Beauplan

En 1809, la demeure est louée par le général de Pully et son épouse, afin de résider à proximité du palais impérial de Meudon, dont il devient gouverneur en 1812 : Napoléon 1er lui confie la garde du domaine et, plus particulièrement, la surveillance de son fils, le Roi de Rome. Les causes et la date de démolition de cette première demeure — visible sur le plan cadastral de 1819 — restent inconnues ; la ferme, ou ce qu’il en restait, sera finalement démolie en 1983 par le groupe Total.

Le château de Beauplan proprement dit, et immortalisé sur de nombreuses cartes postales, adoptait une architecture de style néo-Renaissance : trois niveaux surmontés d’un comble à la Mansart entourant un fronton, lui-même dominé par un imposant comble pyramidal tronqué. Acquis en 1894 par le marquis de Panisse-Passis, il est détruit en 1912 (ou 1914) — soit, selon la tradition orale, parce que la marquise, sujette au vertige, s’y ennuyait, soit parce qu’il aurait été rasé pour y installer une plateforme d’artillerie durant la Grande Guerre.

Les dépendances construites à la même époque logeaient le personnel, avec un premier étage à arcades surplombant la remise à voitures, à proximité de deux écuries.

Demeurent également les fondations d’un troisième château, resté inachevé — sans doute entrepris peu avant 1914, sa construction ayant été interrompue par le manque de main-d’œuvre pendant la guerre, puis abandonnée définitivement une fois la paix revenue, les conditions ne permettant plus d’en assurer l’achèvement.

Grille et château de Beauplan