Catherine Dolto est médecin généraliste, psychothérapeute et référente en haptonomie. Elle accompagne depuis de nombreuses années des enfants, des adolescents et des adultes dans une approche globale instaurant un climat de sécurité affective. Elle a écrit plus de 90 livres pour enfants et, avec sa mère, Paroles pour adolescents ou Le Complexe du homard (Gallimard jeunesse). Fille de Françoise Dolto, célèbre pédiatre et psychanalyste, c’est en qualité de présidente de la Fondation Raymond Devos depuis 4 ans que nous l’avons rencontrée.
Saint-Rémy, ma ville : Comment et pourquoi êtes-vous devenue Présidente de cette fondation ?
Catherine Dolto : J’ai rencontré et connu Raymond Devos ; c’était un être extraordinaire sur scène mais également dans la vie, ce qui est rare : droit, généreux, d’une immense gentillesse. Quand cette fonction m’a été proposée, comment refuser d’honorer le rêve de Raymond et de faire vivre son œuvre chargée de sens et d’intelligence ? Je suis aidée dans cette tâche par Dominique Bavoil, grâce à son implication et sa disponibilité, et par notre Conseil d’administration très actif.
SRMV : Raymond Devos a connu des fractures dans sa vie et n’a pu continuer ses études, ce qui a été son grand regret. Diriez-vous que cette quête des mots a été réparatrice pour lui ?
CD : On ne peut pas séparer les mots de l’esprit, du corps. Raymond avait un corps imposant, ce qui ne l’empêchait pas d’être jongleur, funambule, acrobate, musicien. Il charnalisait ses sketches par ses mimiques et ses gestes : c’est en cela qu’il était tout à fait unique. Ayant vécu des traumatismes dans son enfance, il en a fait une force. Au lieu de se victimiser, il a été de l’avant, de ses souffrances il a fait une œuvre magnifique. Son comique n’était jamais méchant car il avait une immense tendresse pour les autres. En un sens, heureusement qu’il n’avait pas fait de grandes études, car on aurait perdu un artiste exceptionnel !
SRMV : Le dénominateur commun entre vous deux sont les mots : diriez-vous qu’ils permettent de surmonter et relativiser les blessures de la vie ?
CD : J’ai eu la chance d’être accompagnée par de grands maîtres, que ce soit en sociologie, médecine ou théâtre, qui m’ont appris que l’être humain doit être approché dans sa globalité, c’est un mammifère conscient de la vie et de la mort. Il faut le tirer de son animalité vers son humanité, par les mots. Par ailleurs, la transmission est essentielle, nous faisons partie d’une chaîne, si on a reçu, il faut redonner, partager.
SRMV : Quels sont les projets de la fondation ?
CD : Nous avons le projet de construire un nouveau bâtiment pour l’accueil d’artistes en résidence, l’organisation d’ateliers et d’expositions. Nous voulons accentuer le travail sur la langue française. Faire découvrir aux jeunes, grâce à R. Devos, qu’ils sont plus intelligents qu’ils le croient. Notre société n’investit pas suffisamment sur l’enfance qui est pourtant son avenir. Faisons le pari de la joie, du rire et de l’émerveillement. Nous en avons plus que jamais besoin : notre travail auprès des enfants et notre soutien aux jeunes artistes est essentiel.
SRMV : Quelle conclusion souhaitez-vous apporter ?
CD : Raymond Devos est un trésor national. Il faut visiter sa Maison-musée, où on a l’impression qu’on va le croiser à chaque instant. Une des composantes de la vie est l’engagement : continuons à faire vivre son œuvre, que chacun ait à cœur de revendiquer ce lieu extraordinaire et de participer, même par de petits gestes, au rêve de Raymond Devos.