Allocution de Dominique Bavoil

Chères Saint-Rémoises, Chers Saint-Rémois,

Chers enfants,

Le poète l’a écrit « tu vois, je n’ai pas oublié… »

Non, nous n’oublions pas, notre présence à tous ici, jeunes et moins jeunes, en est  le témoignage  : preuve de notre ferveur, notre respect et de la gratitude que nous éprouvons envers tous ceux qui sont tombés dans leur combat pour la liberté et la défense de nos valeurs.

Pensons aussi à tous ceux qui vivent dans l’effroi et la souffrance à l’heure où je vous parle.

Voici 81 ans, le 3ème Reich était enfin vaincu ; il devait durer 1 000 ans, il aura duré 12 ans mais ces années auront suffi à inventer l’indicible et à réinventer une aptitude inouïe à l’inhumanité.

70 millions de soldats et de civils ont disparu après 5 ans de conflit, au nom d’une idéologie qui, dans un temps très court au regard de l’histoire de l’humanité, a provoqué des conséquences terribles, qui marquent encore l’histoire d’aujourd’hui.

Cela nous pose la question de ce qu’est un homme, ce qui le pousse à agir et à obéir aveuglément à un leader, à un projet de lutte biologique entre les races.

La démocratie parait tellement fragile ; face à la masse, l’individu est vulnérable et le  comportement du groupe finit souvent par l’emporter, ce qu’on appelle l’effet de meute.

Selon Spinoza, les hommes sont conduits plutôt par le désir aveugle que par la raison.

L’ignorance entraîne le fanatisme et la radicalisation, alimentés par les discours de quelques-uns : ceux-là n’hésitent pas, au service d’une ambition personnelle hégémonique,  à piétiner les valeurs de nos traditions démocratiques et à trahir l’intérêt des peuples.

Les jeunes ici présents ne peuvent concevoir la guerre et ce que cela représente. C’est en effet une perspective effrayante et tellement en décalage avec les 80 années de paix européenne qui nous  ont installés dans des perspectives d’avenir et une douceur de vivre qui paraissent immuables.

Et pourtant, ce sont aussi des jeunes de 20 ans qui ont donné leur vie entre 1940 et 1945 pour défendre leur pays, leur liberté, refusant la barbarie et l’arbitraire. Ils ont poursuivi un idéal et le désir d’appartenir à plus grand qu’eux, face à la collaboration, au fascisme et au rejet de l’autre jusqu’à la destruction.

Ils ont 20 ans pour l’éternité.

L’idéologie d’élimination a conduit à la disparition pure et simple de 11 millions d’hommes, de femmes et d’enfants.

Aujourd’hui, un vent mauvais se lève, avec des relents de barbarie et d’intolérance : que ce soit en Ukraine, qui est une porte de l’Europe ou le Moyen-Orient où les solutions de paix semblent toujours repoussées et impossibles.

Après 4 années de guerre, on estime à 1,5 millions militaires et civiles morts ou blessés en Ukraine, ce qui représente le pire bain de sang depuis 1945.

En ce qui concerne l’Iran, Gaza, le Liban et Israël, nous ne connaissons pas encore l’étendue du désastre. Mais c’est encore un terrible tribut payé par des peuples pris en otages par leurs gouvernements.

Ces  hommes, ces femmes et ces enfants qui ont, comme nous, le même désir de vivre en paix et d’avoir un avenir commun.

Nos préoccupations actuelles se focalisent sur le prix de l’essence, de l’énergie, des répercussions économiques inévitables.

Mais n’oublions pas qu’il s’agit avant tout du ravage d’êtres humains, de chair et de sang, qui sont, comme le dit la chanson « comme toi, comme toi, comme toi ».

Je voudrais rendre ici un hommage à Florian Montoro, 40 ans, ainsi qu’à Anicet Girardin, 31 ans, du 17ème régiment de génie parachutiste de Montauban, morts dans une embuscade au Liban le 18 avril, au cours de leur mission de maintien de la paix et du respect de cessez-le-feu ;  acte lâche et pitoyable.

Mais comme le disait un historien et résistant : « on ne discute pas de recettes de cuisine avec des anthropophages ».

D’autres combats, cette fois-ci pour le bien de l’humanité,  doivent être menés pour garantir pour tous  l’accès à l’eau, aux soins, à la nourriture, dans un environnement vivant et protégé. Il en va de notre survie.

Pendant ce temps, les discours violents se succèdent, les images de guerre deviennent à présent des jeux vidéo.

Devant ce désastre intellectuel et moral, lisons, mesurons le pouvoir des mots, aiguisons notre esprit critique, pour ne pas tomber dans le panneau du manichéisme et de la manipulation.

Surtout, défendons nos traditions judéo-chrétiennes et nos valeurs de laïcité, qui sont les fondements de l’école de la République. Ces valeurs sont garantes de l’accès à tous à un socle de savoirs communs, quelles que soient ses croyances ou ses origines.

Elles permettent la tolérance,  la cohésion sociale et l’égalité des chances.

N’abdiquons pas devant la force, l’autorité et la pression du collectif ; pensons par nous-mêmes et mettons l’être humain, dans sa diversité et sa complexité, au centre de nos préoccupations.

A cet égard, l’intelligence artificielle n’est jamais qu’un outil, au service de l’homme, qui ne doit pas échapper à son contrôle, son analyse pour ne pas que les algorithmes prennent un  pouvoir contraire à l’intérêt de l’humanité. Ne lui déléguons ni notre pensée, ni notre créativité et encore moins notre liberté.

La guerre de 1939-1945 semble bien lointaine et appartenir à un autre temps.

Et pourtant, à l’échelle du temps, c’était hier. Pour ma génération, nos parents et  grands-parents l’ont vécu en pleine jeunesse, ils ont eu peur, faim et froid. Ils ont perdu sans doute des membres de leur famille, un père, un frère, un cousin.

Et pourtant, le monde s’est reconstruit peu à peu, avec de nouveaux rêves, de nouveaux défis, dans l’espoir d’un monde meilleur.

Leur souvenir et leurs rêves doivent s’incarner en chacun d’entre nous ; l’homme est capable de voir grand, beau, de sauver des vies. Sa force d’imagination et de création est infinie.

« Tu vois, je n’ai pas oublié » : nous n’oublions pas .

Inscrivons dans notre tête et notre cœur notre devise : liberté , égalité et fraternité, afin que notre histoire s’écrive dans le respect de notre identité et de nos valeurs.

Vive la République, vivre la France !

 

(*) Jean-Pierre VERNANT, résistant