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Le succès d’une œuvre, littéraire ou autre, est lié au fait que l’auteur ressent le courant des idées de son époque (il "hume l’air du temps") et le restitue avec fidélité. Le Mariage de Figaro de Beaumarchais a reçu un accueil triomphal du public parisien car l’auteur y dépeint avec justesse, la société de l’époque : c’est le document le plus significatif de l’état de l’opinion française à la veille de la Révolution française de 1789. Pierre Caron naît à Paris en 1732. Son père, artisan horloger, le prend en apprentissage. Ses cinq sœurs, toutes musiciennes, l’introduisent à la Cour comme professeur de harpe et d’harmonie. Elles lui assurent la protection bienveillante des filles du Roi. Son intelligence et son dynamisme lui valent jalousies, inimitiés et déjà quelques procès. Il épouse une riche veuve qui lui lègue une terre dont il accole désormais le nom à son patronyme : Caron de Beaumarchais. Il se lance dans « les affaires », il fait et défait sa fortune ; il s’enflamme pour des causes qu’il est seul à supporter financièrement et qui le ruinent, n’hésite pas à dénoncer les injustices de la Loi, se met tout le monde à dos… sauf Voltaire ! Sa vitalité peu commune lui permet de contrer les nombreux ennemis qu’il se fait ! Pour se délasser de tous ces tracas, il se lance aussi dans la littérature, d’abord sans beaucoup de succès. Il y récolte quelques procès supplémentaires. Puis se jouant de la censure et des interdictions, il utilise la curiosité faite autour de son nom et de la pièce que l’on veut interdire pour amener «Le Mariage de Figaro» au triomphe, dès sa première représentation, par les Comédiens français, le 27 avril 1784. La création qui l’amena au zénith de la popularité est celle de son valet de comédie Figaro, son porte-parole, son double. D’origine modeste mais faisant partie de la caste honnie, M. de Beaumarchais échappe de justesse à la vindicte révolutionnaire qu’il a pourtant nourrie de sa verve et de son génie : Il échappe in extremis aux massacres de septembre et est accusé d’émigration. En 1799 il meurt à Paris, réconcilié avec tous, dans la maison qu’il avait fait construire juste en face de la Bastille, alors en démolition. Analyse de la pièce : Pièce en 5 actes, avec de très nombreux personnages, avec des situations "coups de théâtre", et qui foisonne d'idées annonçant l'idéal révolutionnaire : égalité entre les hommes, abolition des privilèges liés à la naissance, et même les prémices du féminisme. Depuis "le Barbier de Séville" trois années ont passé et on prépare le mariage de Figaro (valet de Monsieur) et de Suzanne (camériste de Madame). Mais les choses traînent, car le Comte est opposé à cette union : en vertu de ses droits seigneuriaux, il veut garder Suzanne pour lui-même, tout en étant jaloux du page Chérubin qui voue une adoration éperdue à la Comtesse. Au nom de ces mêmes droits, il essaie d’expédier Chérubin en ville de garnison, à l’autre bout de la France. Marcelline (prêteuse sur gages) entend se faire épouser par Figaro qui lui a promis le mariage en guise d’intérêts pour une dette ancienne. Le Comte, imbu de ses pouvoirs, pousse le juge Brid'oison à se prononcer en faveur de Marcelline. Mais brusquement celle-ci reconnaît en Figaro le fils qu’elle a eu jadis avec Bartholo. Pendant les préparatifs de son mariage, Suzanne (vêtue d'habits de la Comtesse) donne rendez-vous au Comte. Figaro, mis au courant, se croit trompé : il exprime sa tristesse et sa rancœur dans un monologue. Mais Suzanne le tire d’erreur et il se jette à ses pieds. Le Comte (qui croit voir sa femme) appelle ses vassaux pour être témoins de sa duplicité. A la lumière des flambeaux, il reconnaît la camériste sous les vêtements de la Comtesse. Confondu, il consent au mariage de Figaro et baise la main de son épouse. Retentissement de l'œuvre : Le succès du « Mariage de Figaro» dépasse largement les frontières. A Vienne, Mozart s’y intéresse et obtient de l’empereur François-Joseph l’autorisation d’en faire un opéra. Autorisation accordée, à condition que le librettiste Da Ponte édulcore le scénario et supprime toute trace de revendications politiques et sociales. Mozart composa alors une de ses plus belles œuvres en abordant un sujet jusque là négligé dans l’opéra : l’amour et le désir. Nicole Gregory |
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